• Minuit. Voici l’heure du crime.
    Sortant d’une chambre voisine,
    Un homme surgit dans le noir.

    Il ôte ses souliers,
    S’approche de l’armoire
    Sur la pointe des pieds
    Et saisit un couteau

    Dont l’acier luit, bien aiguisé.
    Puis, masquant ses yeux de fouine
    Avec un pan de son manteau,
    Il pénètre dans la cuisine
    Et, d’un seul coup, comme un bourreau
    Avant que ne crie la victime,
    Ouvre le coeur d’un artichaut.


  •  

    Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,
    Le coeur gros de rancune et de désirs amers,
    Et nous allons, suivant le rythme de la lame,
    Berçant notre infini sur le fini des mers.

    Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
    Pour partir, coeurs légers, semblables aux ballons,
    De leur fatalité jamais ils ne s’écartent,
    Et sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !

    Amer savoir, celui qu’on tire du voyage !
    Le monde, monotone et petit, aujourd’hui,
    Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image :
    Une oasis d’horreur dans un désert d’ennui !


  •  

     

    J'entends des pas dans le couloir

    Je devrais peut-être aller voir ...

    J'ai un peu peur...

    Est-ce un voleur ?

    Un bandit, un malappris ?

    Un brigand, un chenapan ?

    Un filou, un voyou ?

    Un vaurien, un martien,

    Non, ce n'est qu'un chat

    Qui passait par là !


  •  
    Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
    Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
    J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
    Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

     

    Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
    Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
    Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
    Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

     

    Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
    Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
    Et, quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
    Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

  •  

    Ils cassent le monde
    En petits morceaux
    Ils cassent le monde
    A coups de marteau

    Mais ça m’est égal
    Ca m’est bien égal
    Il en reste assez pour moi
    Il en reste assez

    Il suffit que j’aime
    Une plume bleue
    Un chemin de sable
    Un oiseau peureux
    Il suffit que j’aime
    Un brin d’herbe mince
    Une goutte de rosée
    Un grillon de bois

    Ils peuvent casser le monde
    En petits morceaux
    Il en reste assez pour moi
    Il en reste assez
    J’aurai toujours un peu d’air
    Un petit filet de vie
    Dans l’oeil un peu de lumière
    Et le vent dans les orties

    Et même,
    même s’ils me mettent en prison
    Il en reste assez pour moi,
    il en reste assez
    Il suffit que j’aime
    Cette pierre corrodée
    Ces crochets de fer
    où s’attarde un peu de mon sang
    Je l’aime je l’aime
    La planche usée de mon lit
    La paillasse, le châlit
    La poussière de soleil
    J’aime ce judas qui s’ouvre
    Ces hommes qui sont entrés
    Qui s’avancent, qui m’emmènent
    Retrouver la vie du monde
    Retrouver la couleur
    J’aime ces deux longs montants

    Ce couteau triangulaire
    Ces messieurs vêtus de noir
    C’est ma fête, je suis fier
    Je l’aime, je l’aime
    Ce panier rempli de son
    Où je vais poser ma tête
    Oh je l’aime, je l’aime
    Je l’aime pour de bon

    Il suffit que j’aime
    Un brin d’herbe bleue
    Une goutte de rosée
    Un amour d’oiseau peureux
    Ils cassent le monde
    Avec leurs marteaux pesants
    Il en reste assez pour moi
    Il en reste assez, mon coeur






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