•  

    Ils cassent le monde
    En petits morceaux
    Ils cassent le monde
    A coups de marteau

    Mais ça m’est égal
    Ca m’est bien égal
    Il en reste assez pour moi
    Il en reste assez

    Il suffit que j’aime
    Une plume bleue
    Un chemin de sable
    Un oiseau peureux
    Il suffit que j’aime
    Un brin d’herbe mince
    Une goutte de rosée
    Un grillon de bois

    Ils peuvent casser le monde
    En petits morceaux
    Il en reste assez pour moi
    Il en reste assez
    J’aurai toujours un peu d’air
    Un petit filet de vie
    Dans l’oeil un peu de lumière
    Et le vent dans les orties

    Et même,
    même s’ils me mettent en prison
    Il en reste assez pour moi,
    il en reste assez
    Il suffit que j’aime
    Cette pierre corrodée
    Ces crochets de fer
    où s’attarde un peu de mon sang
    Je l’aime je l’aime
    La planche usée de mon lit
    La paillasse, le châlit
    La poussière de soleil
    J’aime ce judas qui s’ouvre
    Ces hommes qui sont entrés
    Qui s’avancent, qui m’emmènent
    Retrouver la vie du monde
    Retrouver la couleur
    J’aime ces deux longs montants

    Ce couteau triangulaire
    Ces messieurs vêtus de noir
    C’est ma fête, je suis fier
    Je l’aime, je l’aime
    Ce panier rempli de son
    Où je vais poser ma tête
    Oh je l’aime, je l’aime
    Je l’aime pour de bon

    Il suffit que j’aime
    Un brin d’herbe bleue
    Une goutte de rosée
    Un amour d’oiseau peureux
    Ils cassent le monde
    Avec leurs marteaux pesants
    Il en reste assez pour moi
    Il en reste assez, mon coeur


  •  

     

    Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie 
    Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir, 
    Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties 
    Sans un geste et sans un soupir ; 

    Si tu peux être amant sans être fou d’amour, 
    Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre, 
    Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour, 
    Pourtant lutter et te défendre ; 

    Si tu peux supporter d’entendre tes paroles 
    Travesties par des gueux pour exciter des sots, 
    Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles 
    Sans mentir toi-même d’un mot ; 

    Si tu peux rester digne en étant populaire, 
    Si tu peux rester peuple en conseillant les rois, 
    Et si tu peux aimer tous tes amis en frère, 
    Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ; 

    Si tu sais méditer, observer et connaître, 
    Sans jamais devenir sceptique ou destructeur, 
    Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître, 
    Penser sans n’être qu’un penseur ; 

    Si tu peux être dur sans jamais être en rage, 
    Si tu peux être brave et jamais imprudent, 
    Si tu sais être bon, si tu sais être sage, 
    Sans être moral ni pédant ; 

    Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite 
    Et recevoir ces deux menteurs d’un même front, 
    Si tu peux conserver ton courage et ta tête 
    Quand tous les autres les perdront, 

    Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire 
    Seront à tous jamais tes esclaves soumis, 
    Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire 
    Tu seras un homme, mon fils.

     


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    Le chat

     

    De sa fourrure blonde et brune
    Sort un parfum si doux, qu'un soir
    J'en fus embaumé, pour l'avoir
    Caressée une fois, rien qu'une.


    C'est l'esprit familier du lieu;
    Il juge, il préside, il inspire
    Toutes choses dans son empire;
    Peut-être est-il fée, est-il dieu?


    Quand mes yeux, vers ce chat que j'aime
    Tirés comme par un aimant,
    Se retournent docilement,
    Et que je regarde en moi-même,


    Je vois avec étonnement
    Le feu de ses prunelles pâles,
    Clairs fanaux, vivantes opales,
    Qui me regardent fixement

     

    Charles Baudelaire


  • Afin de retravailler le vocabulaire de l'enquête policière voici plusieurs petits jeux

     

    Des mots mêlés

    pendu sur les mots de l'enquête policière

    mot croisé sur le vocabulaire

     

    Enfin voici d'autres enquêtes de l'inspecteur Lafouine


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    L'Albatros, de Charles Baudelaire

     

    Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
    Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
    Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
    Le navire glissant sur les gouffres amers.

    A peine les ont-ils déposés sur les planches,
    Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
    Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
    Comme des avirons traîner à côté d'eux.

    Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
    Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid!
    L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
    L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait!

    Le Poète est semblable au prince des nuées
    Qui hante la tempête et se rit de l'archer;
    Exilé sur le sol au milieu des huées,
    Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.





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